FIBL France
6 juillet 2026
C F
Lauréat 2025
Comment transférer des connaissances aux agriculteurs de manière efficace et pertiente ? Un exemple avec le projet Gentle Diary qui concerne particulièrement la filière caprine et illustre l’action concrète du FIBL France.
FIBL France, institut de recherche de l’agriculture biologique, effectue de la recherche appliquée, au travers d’expérimentations de terrain avec et chez les agriculteurs, pour le développement de l’agriculture biologique.
Le projet Gentle Diary qui fait suite au projet Lacto douce, s’intéresse à l’aspect animal, économique et humain de la filière caprine. Un constat – la demande en viande de chevreau alors que la demande en produit laitier de chèvre augmente.
En élevage caprin laitier, la nécessite de faire naître chaque année des chevreaux est une lourde contrainte de travail pour les éleveurs, doublée d’une difficulté de commercialisation des chevreaux de 3 semaines. L’induction de la lactation permettrait de diminuer du nombre de mise bas : moins de stress pour l’éleveur et les animaux, moins de charge de travail.
10 éleveurs-chercheurs vont réaliser le protocole d’induction de la lactation sur leurs chèvres non gestantes dans leurs exploitations respectives. Les contraintes économiques sont assez élevées : perte de lait suite à la non gestation jusqu’à l’induction, temps passé à suivre le protocole et inscription au contrôle laitier.
Des éleveurs ont rapporté que certaines chèvres taries sont capables de redémarrer naturellement une lactation. L’induction naturelle de lactation chez les chèvres non gestantes intéresse de nombreux éleveurs pour plusieurs des raisons : moins de lait bu par les chevreaux, diminution des frais vétérinaires lors des mise-bas ou de maladies néonatales, commercialisation difficile des chevreaux, raccourcissement de la vie des chèvres dues aux gestations répétées, éviter de réformer une chèvre vide. De plus, contrairement à la lactation longue, les éleveurs peuvent fermer leur salle de traite lors du tarissement des chèvres, et permettre à la mamelle de se régénérer entre deux années de lactation.
Une qualité novatrice. La lactation nécessite la croissance et la transformation de la glande mammaire, processus soumis à un contrôle hormonal précis de la progestérone (mammogènése) et de la prolactine (lactogénèse). Chez les mammifères, on a constaté que la lactation pouvait être induite sans gestation. Chez les bovins et les caprins, par exemple, la lactation peut être induite chez des animaux non gestants après un traitement hormonal intense, heureusement cette technique n’est pas envisageable dans l’industrie laitière.
A notre connaissance, aucun essai d’induction de la lactation n’a été mené à ce jour chez les chèvres non gestantes.
Une valeur technique Le projet Gentle Dairy va étudier l’induction de la lactation sur un nombre conséquent d’animaux, 10 chèvres seront gardées volontairement non gestantes sur 10 élevages différents. Les femelles non gestantes seront spécialement écartées de la reproduction afin d’éviter des biais liés à la reproduction dans l’analyse de l’induction de la lactation. Le nombre conséquent d’animaux testés (200 chèvres = 100 non gestantes + 100 témoins) nous permettra d’analyser statistiquement les résultats. L’essai pilote Lactodouce a permis de poser les bases de recherche et Gentle Dairy s’attachera plus particulièrement, à déterminer si l’induction de la lactation est dépendante :
- De la race (Saane vs Alpine) ;
- Du niveau de productivité des chèvres (moyenne vs haute production laitière) ;
- Du nombre de gestations préalable (primipares vs multipares) ;
- De la présence de chevreaux avec les chèvres.
